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Croquis de storyboard au crayon noir, cases alignées et silhouettes identiques sur une feuille blanche

Photo : Danae Paparis sur Unsplash

La formule du blockbuster de super-héros et sa fatigue

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J’ai revu deux films de super-héros à quinze jours d’intervalle, sortis à cinq ans d’écart, produits par deux studios différents. Au bout de quarante minutes du second, j’ai su exactement quelle scène allait tomber. Pas parce que je suis malin : parce que la scène tombe au même endroit dans les deux films. Le personnage doute, un mentor secondaire lui dit une phrase, la musique monte, et on repart pour l’acte trois.

Une structure vendue en librairie

Le squelette n’a rien de mystérieux. Il s’achète. Les manuels de scénario découpent un long métrage en séquences repérées à la minute près, avec un incident déclencheur autour de la douzième, un effondrement du héros aux trois quarts, une résolution qui referme la promesse de la première image. Le plus célèbre de ces manuels vend son plan de bataille comme une recette de pâtisserie, et l’industrie l’a adopté avec enthousiasme parce qu’il transforme un pari artistique en devis.

Derrière, il y a une trame plus vieille, celle du voyage du héros compilée par Campbell à partir de mythes. Elle n’a rien de honteux en soi. Ce qui change, c’est qu’elle sert désormais moins à raconter qu’à sécuriser. Un financier qui lit un scénario conforme sait où les pics d’attention vont tomber, donc où placer la bande-annonce, donc combien de salles réserver.

Ce que le calendrier fait au récit

Un studio qui annonce ses dates de sortie sur cinq ans annonce en réalité ses besoins de trésorerie. Le film n’est plus une oeuvre qui trouve sa date, c’est une date qui doit trouver son film. J’ai vu passer assez de projets de développement logiciel avec une deadline fixée avant le cahier des charges pour reconnaître l’odeur.

Ça produit des symptômes précis. Des troisièmes actes réécrits pendant le tournage. Des personnages introduits parce qu’ils portent une série à venir sur une plateforme, pas parce que l’histoire les réclame. Des scènes post-générique qui existent uniquement pour vendre le billet suivant, ce qui est une jolie manière de facturer deux fois la même soirée.

La fatigue n’est pas un caprice du public

Quand les recettes fléchissent, le discours officiel parle de lassitude du spectateur, comme d’une météo. C’est commode : la météo n’est la faute de personne. Mais le public n’a pas cessé d’aimer les histoires de gens en costume qui frappent d’autres gens en costume. Il a cessé de payer quinze euros pour la variante numéro dix-neuf d’un objet dont il connaît le plan.

Ce qui s’est usé, ce n’est pas le genre, c’est la marge de risque. Les films de super-héros qui marchent encore sont ceux qui acceptent un ton bizarre, un rythme cassé, une fin qui ne referme pas tout. Autrement dit ceux où quelqu’un a réussi à faire passer une décision artistique devant un comité.

Ce que je regarde maintenant

Je ne joue pas les puristes, j’ai encore une pile de ces films dans mon historique et j’en verrai d’autres. Mais je regarde différemment. Je repère les scènes qui ne servent qu’à protéger l’investissement, et celles où quelqu’un a bataillé pour garder un plan inutile, trop long, un peu laid. Les secondes sont rares et elles se voient.

Un film calibré au beat près ne rate presque jamais. C’est exactement le problème : rien de ce qui ne peut pas rater ne peut vraiment surprendre.

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Sources

Ce que j'ai lu, regardé ou vérifié pour écrire cet article.

  1. Wikipédia. Univers cinématographique Marvel : chronologie des sorties, phases et structure de production fr.wikipedia.org (ouvre dans un nouvel onglet)
  2. Wikipédia. Monomythe : le schéma narratif du voyage du héros décrit par Joseph Campbell fr.wikipedia.org (ouvre dans un nouvel onglet)
  3. Wikipédia (en). Save the Cat! : manuel de structure de scénario en beats minutés, très diffusé à Hollywood en.wikipedia.org (ouvre dans un nouvel onglet)