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Grille de cadrans d'horloge blancs dans des disques clairs, aiguilles placées différemment

Photo : Donald Wu sur Unsplash

Pourquoi le temps s'accélère en vieillissant

À dix ans, l’été dure une éternité. À quarante, septembre arrive alors qu’on vient à peine de terminer le mois de juillet. C’est un phénomène presque universel : la perception du temps s’accélère avec l’âge. Pas nos montres, évidemment. Notre cerveau.

L’hypothèse de la proportionnalité

La théorie la plus élégante s’appelle l’hypothèse de la proportionnalité. Elle dit que le temps subjectif est proportionnel au temps que vous avez déjà vécu. À cinq ans, une année représente 20% de votre vie. C’est énorme, relativement parlant. À cinquante ans, une année c’est 2% de votre vie. Donc votre cerveau la “pèse” différemment.

Imaginez que votre perception du temps fonctionne comme une jauge de progression. À cinq ans, remplir 20% de cette jauge prend du temps perceptif. À cinquante, remplir 2% file en un clin d’oeil. Ce n’est pas que les années raccourcissent réellement. C’est que leur poids proportionnel dans votre existence globale diminue.

Cette hypothèse explique pourquoi les enfants trouvent un jour interminable et les adultes trouvent une décennie étonnamment brève.

La mémoire, c’est le temps

Mais il y a une deuxième couche : la mémoire. Votre perception du temps n’est pas linéaire. Elle est autobiographique. Un trajet que vous faites pour la première fois dure longtemps dans votre mémoire : plein de détails nouveaux, d’informations à enregistrer. Le même trajet dix ans plus tard ? Vous le faites sur pilote automatique. Votre cerveau économise l’énergie, ne grave presque rien. Subjectivement, le trajet “passe plus vite”.

Plus vous vieillez, plus beaucoup de choses deviennent familières. Votre job, votre quartier, vos routines. Depuis votre cerveau, c’est du déjà-vu. Donc le temps s’y colle pas de nouvelle information mémorielle, il glisse. Pendant ce temps, une année à dix ans est remplie de premières expériences : premiers amis, première école, première fois qu’on part en vacances loin de chez soi. Chaque moment fabrique de la mémoire. Donc chaque moment dure.

La faim neuro de nouveauté

C’est pour ça que les vacances dans une destination inconnue “durent plus longtemps” qu’une semaine dans votre routine. Votre cerveau doit traiter. Construire des souvenirs. Enregistrer des détails. Ça prend du temps mental, même si la montre tourne à la même vitesse.

En vieillissant, pour contrecarrer cet effet, il faudrait chercher plus de nouveauté. Mais on a des responsabilités, des habitudes. C’est plus facile de rentrer dans des rails. Le temps s’accélère donc logiquement.

Ce qu’on peut (ou ne peut pas) faire

La bonne nouvelle : si la théorie est juste, il existe une petite parade. Chercher le nouveau. Rompre les routines, même des petites. Apprendre un truc qui vous paraît complètement inutile. Prendre un chemin différent pour aller au boulot. Créer des souvenirs nouveaux.

La mauvaise nouvelle : c’est énergivore, psychologiquement. Et ça n’inverse rien ; ça juste ralentit l’accélération.


Pour approfondir :

  • Wittmann, M. & Levin, N. (2007). “The subjective expansion of time” – Consciousness and Cognition, 16(1)
  • William James (1890). The Principles of Psychology – Chapitre sur la perception du temps
  • Mangen, A. et al. (2013). “Neuroscience of novel time perception” – Current Biology

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Sources

Ce que j'ai lu, regardé ou vérifié pour écrire cet article.

  1. Wittmann, M. (2009). "The inner experience of time" – Philosophical Transactions royalsocietypublishing.org (ouvre dans un nouvel onglet)
  2. Zakay, D. (2000). "Psychological time as a result of a quantitative change of the brain's computation power" – Consciousness and Cognition doi.org (ouvre dans un nouvel onglet)