L'effet placebo n'est pas une simple illusion de patient
Un ami m’a raconté que son mal de dos avait disparu grâce à un bracelet magnétique. Je lui ai répondu que c’était l’effet placebo, avec ce petit ton satisfait qui accompagne d’habitude les phrases fausses. Il m’a demandé ce que ça voulait dire exactement. Je me suis rendu compte que je n’en savais rien, et que j’avais utilisé le mot comme une fin de conversation.
Ce que le mot désigne réellement
Un placebo, au sens strict, est une intervention sans principe actif spécifique pour la maladie visée. L’effet placebo, lui, est le changement observé chez la personne après cette intervention. Les deux sont souvent confondus, et cette confusion produit beaucoup de bêtises.
Une partie de ce changement n’a rien de mystérieux. Beaucoup de symptômes fluctuent seuls : une douleur monte et redescend, un rhume passe. Si on mesure quelqu’un au pic de son inconfort, la mesure suivante sera plus basse quoi qu’on fasse. Il y a aussi ce que les gens déclarent : on répond volontiers à un soignant attentif que ça va mieux. Ces deux effets se logent dans les chiffres et gonflent ce qu’on attribue au placebo.
Ce qui reste après ce ménage est plus intéressant. Sur la douleur, les nausées, certains troubles du sommeil, il subsiste une réponse mesurable, avec des corrélats biologiques identifiés du côté des circuits opioïdes et dopaminergiques du cerveau. L’attente d’un soulagement modifie la façon dont un signal est traité. Ce n’est pas une croyance qui remplace la biologie, c’est une croyance qui passe par la biologie.
Les limites, souvent escamotées
Le placebo agit sur la perception et sur des systèmes régulés par le cerveau. Il ne réduit pas une tumeur, ne fait pas baisser une charge virale, ne répare pas une fracture. Un asthmatique sous placebo déclare respirer mieux, et ses mesures de souffle ne bougent pas. Cette dissociation est le point le plus utile à retenir, parce qu’elle sépare le confort ressenti du problème traité.
Autre nuance rarement mentionnée : l’effet est plus fort quand le rituel est plus impressionnant. Une injection agit davantage qu’un comprimé, un appareil davantage qu’une parole, un praticien assuré davantage qu’un praticien pressé. Le décor fait partie du médicament.
À qui profite l’ambiguïté
Voilà où l’affaire devient économique. Un marché entier repose sur des produits dont l’efficacité spécifique n’a jamais été démontrée et qui se vendent très bien : compléments, dispositifs, consultations non conventionnées, abonnements de bien-être. Ces produits ne sont pas remboursés, donc ils sont payés intégralement par la personne, et ils échappent en grande partie aux exigences d’évaluation qui pèsent sur un médicament.
Le raisonnement commercial est élégant. Si le produit soulage, on met en avant les témoignages. S’il ne soulage pas, la faute revient à un manque de régularité ou de conviction. Le mécanisme du placebo garantit un flux constant de gens satisfaits, ce qui suffit à faire tourner un modèle d’affaires sans jamais avoir à prouver quoi que ce soit.
Dans le même temps, la partie honnête de l’effet placebo, celle qui tient au temps passé avec un patient, à l’explication, à la confiance, est précisément celle que les systèmes de soin rognent en premier pour des raisons de productivité. On facture cher le rituel dans le privé, et on comprime la consultation dans le public.
Ce que j’ai fini par répondre
J’ai rappelé mon ami. Je lui ai dit que son dos allait peut-être vraiment mieux, que le bracelet n’y était sans doute pour rien, et que les deux affirmations tenaient ensemble. Il a gardé le bracelet, ce qui me paraît raisonnable pour vingt euros.
Ce qui me gêne n’est pas qu’il y croie. C’est que quelqu’un ait construit un modèle de revenus sur un mécanisme cérébral qui aurait très bien fonctionné gratuitement.
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Ce que j'ai lu, regardé ou vérifié pour écrire cet article.
- Wikipédia : synthèse sur l'effet placebo, ses définitions et les biais méthodologiques associés fr.wikipedia.org (ouvre dans un nouvel onglet)
- Inserm : dossiers de recherche sur la douleur et les mécanismes neurobiologiques de l'analgésie inserm.fr (ouvre dans un nouvel onglet)
- National Center for Complementary and Integrative Health (NIH) : travaux sur l'effet placebo et le contexte du soin nccih.nih.gov (ouvre dans un nouvel onglet)