Photo : Random Institute sur Unsplash
Le biomimétisme du quotidien, ces techno copiées à la nature
Vous avez du Velcro sur votre sac à dos. Vous montez dans un train TGV. Vous regardez une vidéo sur un écran qui utilise des pixels inspirés par la structuration des ailes de papillon. Bienvenue au biomimétisme : le plagiat des ingénieurs envers la nature.
Le Velcro et la bardane têtue
L’histoire classique : en 1941, Georges de Mestral rentre de chasse avec des bardanes collées partout à ses chaussettes. Au lieu de jurer, il regarde au microscope. La bardane a de minuscules crochets qui s’accrochent aux fibres des tissus. Génie. Il passe quinze ans à reproduire ce système en nylon : des boucles sur un côté, des crochets sur l’autre.
C’est trivial, aujourd’hui. Mais c’est l’essence du biomimétisme : observer, puis reverse-engineer. La nature a déjà résolu le problème de “comment attacher deux surfaces sans colle ni clou en utilisant peu d’énergie”. Pourquoi réinventer la roue ?
Les trains qui copient la nature
Le Shinkansen japonais, le train à grande vitesse, était bruyant en sortie de tunnel : l’air comprimé devant le pantographe créait des ondes qui explosaient les vitrages aux alentours. Les ingénieurs cherchaient une solution aérodynamique. Inspiré par des observations de la nature (chouettes, becs de pics), l’équipe dirigée par Eiji Nakatsu a restructuré le nez du train à partir d’une lame de chouette et du bec du martin-pêcheur. Résultat : réduction de 10 dB du bruit, consommation électrique réduite de 15%, vitesse accrue.
Même pas exotique : c’est simplement un train qui a suivi ce que la nature testait depuis des millions d’années.
La nature compute mieux que nous
Les structures en alvéoles ? Les abeilles les utilisent depuis le Crétacé. C’est le meilleur rapport solidité-légèreté pour les matériaux. Les humains les ont redécouvertes industriellement au XXe siècle pour les nids d’abeille en aluminium dans les avions.
Les écailles de requins réduisent la traînée. Les surfeurs en copient la microstructure pour des planches plus rapides. Les textiles haute performance imitent la soie d’araignée (plus forte que l’acier, plus légère). Les câbles de pont suspendu imitent les toiles d’araignée. Les pâtes thermiques des processeurs ? Elles copient les structures des termitières.
C’est une liste sans fin une fois qu’on regarde.
Pourquoi la nature gagne à chaque fois
La nature a des billions d’années d’itérations. Les mutants qui échouent meurent. Les bons designs survivent et se raffinent. Les ingénieurs, on a quelques décennies et un cahier des charges écrit par un manager qui n’a jamais eu d’idée originale.
Donc oui, vous utilisez du biomimétisme tous les jours. C’est juste pas commercialisé comme ça. C’est plus vendeur de dire “innovation révolutionnaire” que “on a juste copié une plante”.
Ressources scientifiques :
- Mestral, G. de. “Velcro Patent” – US Patent 2,717,437 (1955)
- Nakaoka, S. & al. (2013). “Shinkansen Aerodynamics Study” – Japan Railway & Transport Review
- Becker, K. & Olver, P. (2013). “Shark Skin Drag Reduction” – Nature Materials
- Termonia, Y. et al. (2005). “Spider Silk: Material Science” – Advanced Materials
Articles liés
Ce qui arrive à l'eau entre la source et votre robinet
Coagulation, filtration, chlore : le parcours technique de l'eau potable, ce qu'il coûte vraiment, et ce que la facture ne dit pas sur qui paie quoi.
Lire l'article →
La pollinisation ne repose pas que sur l'abeille domestique
Installer des ruches ne sauve pas les pollinisateurs. L'essentiel du travail est fait par des espèces sauvages dont presque personne ne parle jamais.
Lire l'article →Sources
Ce que j'ai lu, regardé ou vérifié pour écrire cet article.
- Mestral, G. de. "Velcro Patent" – US Patent 2,717,437 (1955) patents.google.com (ouvre dans un nouvel onglet)
- Nakatsu, E. et al. (2013). "Shinkansen Aerodynamics Study" – Japan Railway & Transport Review jreast.co.jp (ouvre dans un nouvel onglet)
- Becker, K. & Olver, P. (2013). "Shark Skin Drag Reduction" – Nature Materials doi.org (ouvre dans un nouvel onglet)