Monter son premier serveur à la maison : le vrai coût
Mon premier serveur était une vieille tour posée par terre, ventilateur d’origine, disque dur qui grattait la nuit. Elle a tourné trois ans. Je l’ai éteinte le jour où j’ai calculé ce qu’elle me coûtait en électricité, et où j’ai compris que j’avais payé plusieurs fois son prix d’achat pour héberger un blog que six personnes lisaient.
Le matériel est la dépense la plus visible et la moins importante
On commence toujours par là, parce que c’est la partie amusante. Un mini PC d’occasion, une carte ARM, un vieux portable dont l’écran est mort. Tout cela fonctionne. Le budget d’entrée est modeste, et c’est précisément ce qui rend le projet séduisant.
Le piège, c’est que ce chiffre est le seul qu’on regarde. Il faut y ajouter le stockage, qui doit être doublé si les données comptent, un onduleur si la coupure de courant vous ennuie, et le remplacement du disque qui lâchera. Un serveur qui tourne en continu use ses pièces en continu.
J’ai racheté deux fois parce que j’étais parti trop petit : maintenant je prends la machine qui fait tourner ce dont j’ai besoin, pas la plus minuscule possible. Un appareil sous-dimensionné se paye en heures d’optimisation, et vos heures ne sont pas gratuites même si personne ne vous les facture.
L’électricité, ligne discrète et permanente
Un serveur domestique consomme peu à l’instant t, et tout le temps. C’est la nuance qui échappe au moment de l’achat. La différence entre un appareil qui tire quelques watts au repos et une tour de récupération qui en tire dix fois plus se voit sur la facture annuelle, pas sur le compteur du jour.
Deux règles simples m’ont suffi. D’abord, mesurer avant de deviner : une prise wattmètre coûte le prix de deux cafés et met fin aux estimations. Ensuite, regarder la consommation au repos plutôt qu’en charge, parce qu’un serveur personnel passe l’essentiel de sa vie à ne rien faire en attendant qu’on lui demande quelque chose.
Le tarif de l’électricité en France a bougé plusieurs fois ces dernières années, dans un sens qui n’arrange pas les calculs faits en 2019. Refaire le calcul de temps en temps est un exercice sain, même quand il donne raison au fournisseur de cloud.
Le temps, la vraie facture
C’est ici que le compte devient inconfortable. Installer le système prend une soirée. Le sécuriser correctement, en prend une deuxième. Les sauvegardes, une troisième, et il faut ensuite les tester, ce que presque personne ne fait avant le jour où il en a besoin.
Puis viennent les mises à jour, les certificats à renouveler, le service qui ne redémarre pas après une coupure, la migration parce qu’une version majeure a changé son format de configuration. Rien de dramatique pris isolément. Cumulé, cela ressemble à un petit travail d’astreinte non payé, que l’on s’est confié à soi-même.
Je continue quand même, et je ne prétends pas que c’est rationnel. J’héberge mes photos, mes notes, mes sauvegardes. Je sais où sont mes données, ce qui n’est pas un luxe mineur quand l’alternative consiste à confier son historique de vie à une entreprise qui peut changer ses conditions d’utilisation un mardi matin. Cela dit, je paye toujours des services en ligne pour d’autres choses, parce que je n’ai pas envie d’administrer un serveur de messagerie.
Ce que je referais autrement
Commencer par un seul service, celui qui manque vraiment. Automatiser la sauvegarde avant d’ajouter le deuxième. Écrire la procédure de réinstallation pendant qu’on l’a en tête, car on ne l’aura plus.
La vieille tour est au garage. Elle me sert de rappel : le serveur le moins cher est celui qu’on éteint quand il ne sert plus.
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Ce que j'ai lu, regardé ou vérifié pour écrire cet article.
- Documentation officielle Debian : guide d'installation et d'administration d'un serveur debian.org (ouvre dans un nouvel onglet)
- Projet Proxmox VE : documentation officielle de l'hyperviseur libre utilisé pour l'auto-hébergement pve.proxmox.com (ouvre dans un nouvel onglet)
- Commission de régulation de l'énergie : suivi des tarifs de l'électricité en France cre.fr (ouvre dans un nouvel onglet)