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Vue aérienne d'un bassin circulaire de traitement d'eau en béton gris, sur fond sombre

Photo : Ivan Bandura sur Unsplash

Ce qui arrive à l'eau entre la source et votre robinet

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Je bois l’eau du robinet sans y penser, et c’est exactement l’effet recherché : un service technique réussi est un service qu’on oublie. Puis j’ai lu la facture d’eau de l’immeuble ligne par ligne, par curiosité, et je me suis rendu compte que je ne savais pas nommer une seule des étapes que je payais. Entre la rivière et le verre, il se passe beaucoup plus de choses que je ne l’imaginais.

Une petite usine chimique avant le verre

L’eau brute pompée dans une rivière ou une nappe n’est pas potable. Elle traverse une suite d’étapes qui n’ont rien de mystérieux, mais qui demandent des machines, des réactifs et des gens. On retire d’abord le gros par dégrillage et tamisage. Vient ensuite la coagulation-floculation : on ajoute un sel métallique qui fait s’agglomérer les particules trop fines pour décanter seules. Les flocs tombent au fond, l’eau passe sur du sable puis parfois sur du charbon actif, et elle finit désinfectée au chlore, à l’ozone ou aux ultraviolets.

Chaque étape vise une famille de problèmes distincte : les matières en suspension, les micro-organismes, le goût, les micropolluants. Le chlore qu’on sent parfois au robinet n’est pas un raté de dosage, c’est une assurance. Il doit rester actif tout au long du réseau pour empêcher qu’une bactérie ne recolonise une canalisation à trois kilomètres de l’usine, dans un tuyau que personne n’ouvrira avant vingt ans.

Le prix au litre ne paie presque pas l’eau

C’est la partie que je n’avais pas comprise. Ce qu’on achète, ce n’est pas l’eau, c’est le fait qu’elle arrive. La ressource elle-même ne coûte quasiment rien. Ce qui coûte, ce sont les kilomètres de conduites, les pompes, les réservoirs, les capteurs, les équipes d’astreinte, et surtout le renouvellement d’un réseau enterré construit pour l’essentiel au siècle dernier.

Ce réseau fuit. En France, une part notable de l’eau produite n’atteint jamais un robinet, elle part dans le sol avant d’y arriver : les données publiées par l’observatoire national des services d’eau situent le rendement moyen autour de quatre cinquièmes. On traite donc de l’eau que l’on perd, et on la traite au prix fort. Réparer coûte cher, ne pas réparer coûte plus cher plus tard, et la décision se prend sur des mandats de six ans.

Le service est communal, mais sa gestion est souvent confiée à un opérateur privé par délégation. Le prix du mètre cube varie alors fortement d’une commune à l’autre pour la même eau prélevée dans la même nappe. Personne ne compare, parce que personne ne déménage pour une facture d’eau.

Ce que le traitement ne retire pas

Les filières classiques ont été conçues contre les pathogènes et la turbidité, pas contre des molécules de synthèse dosées au nanogramme. Les métabolites de pesticides et certains composés perfluorés traversent une bonne partie de la chaîne, et les campagnes de contrôle de l’Anses en retrouvent régulièrement dans des eaux distribuées. La réponse technique existe : charbon actif renforcé, membranes, osmose inverse. Elle est chère en investissement et en énergie.

Et elle est payée par l’abonné. C’est la mécanique qui m’a le plus frappé : une molécule vendue avec profit à l’amont du bassin versant devient, dix ans plus tard, une ligne d’investissement sur la facture d’un ménage qui n’a jamais rien épandu. Ce qu’une industrie n’a pas dépensé pour ne pas polluer, le service public le dépensera pour dépolluer, avec un décalage assez long pour que plus personne ne fasse le lien entre les deux.

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Sources

Ce que j'ai lu, regardé ou vérifié pour écrire cet article.

  1. Organisation mondiale de la santé. Aide-mémoire sur l'eau de boisson : traitement, désinfection et exigences sanitaires who.int (ouvre dans un nouvel onglet)
  2. Observatoire national des services d'eau et d'assainissement (SISPEA). Prix du service, rendement des réseaux et mode de gestion en France services.eaufrance.fr (ouvre dans un nouvel onglet)
  3. Anses. Travaux sur les micropolluants et les métabolites de pesticides dans l'eau destinée à la consommation humaine anses.fr (ouvre dans un nouvel onglet)