Photo : Kari Shea sur Unsplash
Obsolescence logicielle : le matériel, lui, marche encore
J’ai chez moi un portable de 2014 qui fonctionne parfaitement. Le clavier répond, l’écran est propre, la batterie a été changée une fois pour trente euros, le processeur suffit largement à ce que j’en demande. Son constructeur le considère mort depuis des années, son système d’origine ne reçoit plus de correctifs de sécurité, et la version suivante refuse de s’installer pour une raison qui n’a rien à voir avec ses performances.
Ce qui tue une machine aujourd’hui
Avant, un appareil s’usait. Une pièce mobile lâchait, un condensateur gonflait, une soudure cassait. C’était réparable, et parfois même prévu pour l’être. Aujourd’hui, l’électronique d’un ordinateur ou d’un téléphone tient largement plus longtemps que la durée pendant laquelle son fabricant accepte de lui envoyer des mises à jour.
La mise hors service se fait donc par décision, pas par panne. Un système qui exige une puce de sécurité précise. Un téléphone qui ne reçoit plus de correctifs et devient déconseillé pour les usages bancaires. Une application qui relève sa version minimale et abandonne les modèles plus anciens sans besoin technique évident. Le matériel n’a rien demandé, il est juste sorti de la liste.
Ce que ça déplace, et vers qui
Une immense partie de l’empreinte environnementale d’un appareil numérique se joue à sa fabrication, avant même le premier démarrage : extraction, raffinage, gravure, transport. Autrement dit, la meilleure chose qu’on puisse faire d’une machine existante est de la garder longtemps, et raccourcir sa durée de vie logicielle annule d’un coup l’essentiel de l’effort.
Le coût de ce raccourci ne tombe pas sur celui qui décide. Il tombe sur l’acheteur qui rachète, sur les collectivités qui gèrent les filières de déchets, sur les écoles et les administrations qui renouvellent des parcs entiers pour cause de fin de support, et sur les gens qui vivent près des sites d’extraction et de traitement. Celui qui a fixé la date de fin de support, lui, enregistre une hausse des ventes de remplacement.
Le droit commence à s’en mêler, doucement
L’Union européenne a mis en place des obligations d’écoconception, de disponibilité de pièces détachées et de réparabilité, et la France a introduit dans son droit la notion d’obsolescence programmée, y compris logicielle. C’est réel et ce n’est pas rien.
C’est aussi lent, et le texte se heurte à une difficulté simple : prouver l’intention. Un éditeur dira toujours que la nouvelle version exige plus de mémoire, que le vieux modèle ne peut pas garantir la sécurité, que maintenir deux branches coûte cher. C’est parfois exact. La question de savoir qui a choisi le seuil, et sur quels critères, reste hors du champ de la preuve.
Ce que je fais de mon vieux portable
Il tourne sous une distribution Linux légère, il me sert de machine de sauvegarde et de banc d’essai, et il recevra des correctifs tant que des bénévoles voudront bien en produire. C’est un contournement individuel, pas une solution, et il demande un niveau de bricolage que je n’ai pas le front de recommander à quelqu’un qui veut juste consulter ses mails.
Le message qui s’affiche dit « votre appareil n’est plus pris en charge ». Il faut le lire dans l’autre sens : c’est le constructeur qui a cessé de le prendre en charge, l’appareil, lui, n’a rien lâché.
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Ce que j'ai lu, regardé ou vérifié pour écrire cet article.
- Wikipédia. Obsolescence programmée : définition, formes logicielles et matérielles, cadre juridique français fr.wikipedia.org (ouvre dans un nouvel onglet)
- Ademe. Agence de la transition écologique : travaux sur l'impact environnemental du numérique et la durée de vie des équipements ademe.fr (ouvre dans un nouvel onglet)
- Commission européenne. Politique d'écoconception et droit à la réparation des produits vendus dans l'Union commission.europa.eu (ouvre dans un nouvel onglet)