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Photo : ROBIN WORRALL sur Unsplash

Le RSS résiste encore, et c'est le lecteur qui décide

Ce site publie un flux. Personne ne me l’a demandé, aucune analyse d’audience ne le justifie, et je sais très bien que la majorité des visiteurs ne cliquera jamais dessus. Je l’ai mis parce que c’est la seule manière que je connaisse de laisser quelqu’un me lire sans passer par un intermédiaire qui décide à sa place quand et si mes articles apparaissent.

Un format volontairement bête

Techniquement, il n’y a rien à raconter. Un fichier XML, une liste d’entrées, un titre, une date, un lien, un contenu. La spécification RSS 2.0 tient en une page de lecture. Atom, son cousin normalisé par l’IETF, est un peu plus rigoureux sur les identifiants et les dates. Les deux font la même chose : dire ce qui est nouveau, avec assez de métadonnées pour qu’un programme s’y retrouve.

Cette bêtise est la fonctionnalité principale. Pas de compte, pas de session, pas de jeton, pas de négociation. Un client télécharge un fichier statique et compare avec ce qu’il avait la fois d’avant. Mon flux est généré au build et servi comme n’importe quel fichier, donc il ne tombe que si le site tombe.

Ce qui change quand le tri revient au lecteur

Un fil algorithmique optimise une variable qui n’est pas la mienne : le temps passé. Un lecteur de flux, lui, ne fait qu’une chose, il classe par date et il attend. Les conséquences pratiques sont immédiates.

  • un site qui publie une fois par mois ne disparaît pas derrière un site qui publie six fois par jour
  • rien n’est inséré au milieu par un annonceur
  • un article lu reste lu, il ne revient pas dans un autre ordre
  • si un flux m’ennuie, je le retire, et il n’y a aucune boucle de récupération pour me le remettre

C’est aussi beaucoup plus calme. Un flux ne notifie pas, ne compte pas de badge, ne suggère personne. Il accumule et il patiente, ce qui donne une file d’attente parfois honteusement longue, mais c’est ma file d’attente.

Pourquoi on a essayé de l’enterrer

Le RSS n’a pas décliné pour des raisons techniques. Il a décliné parce qu’il ne permet pas d’insérer de la publicité de manière fiable, ne remonte presque aucune donnée d’usage, et surtout ne place personne entre l’auteur et le lecteur. Un format qui ne peut pas être monétisé n’a pas de service commercial pour le défendre en réunion.

La fermeture du lecteur de flux le plus utilisé, en 2013, a fait le reste : elle a dispersé une audience qui n’a jamais totalement reconstitué son habitude, au moment précis où les fils sociaux prenaient la place. Ce n’était pas un complot, juste un arbitrage de portefeuille de produits. Le résultat est le même.

Il n’est jamais vraiment mort

Le podcast fonctionne encore aujourd’hui sur RSS, dans son écosystème entier, ce qui explique au passage qu’on puisse changer d’application d’écoute sans perdre ses abonnements. Beaucoup de sites en publient un sans le mettre en avant. Les lecteurs de flux libres s’auto-hébergent en un conteneur, ce que j’ai fait sur ma machine, et l’ensemble consomme moins de ressources qu’un onglet de réseau social ouvert.

Je ne prétends pas que ça remplace tout. Je remarque juste qu’une technologie sans entreprise derrière elle, sans levée de fonds et sans feuille de route, marche toujours vingt ans après, pendant que trois plateformes qui devaient la remplacer ont déjà changé de nom.

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Sources

Ce que j'ai lu, regardé ou vérifié pour écrire cet article.

  1. RSS Advisory Board. RSS 2.0 Specification : structure du format et éléments obligatoires rssboard.org (ouvre dans un nouvel onglet)
  2. RFC 4287. The Atom Syndication Format : spécification IETF du format de syndication Atom rfc-editor.org (ouvre dans un nouvel onglet)
  3. Wikipédia. Google Reader : lecteur de flux fermé en 2013 et effet sur l'écosystème RSS fr.wikipedia.org (ouvre dans un nouvel onglet)