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Lactofermentation maison : conserver sans brancher un frigo
Le premier bocal que j’ai raté sentait le pied. Le deuxième aussi. Au troisième j’ai enfin compris que je pesais mon sel à la louche et mes légumes à l’oeil, ce qui revient à cuisiner sans balance en espérant que la chimie soit indulgente. Elle ne l’est pas. Depuis, j’ai en permanence trois ou quatre bocaux qui travaillent au fond du placard, et je n’achète plus de chou en conserve.
Ce qui se passe dans le bocal
Le principe tient en une phrase : on crée un milieu où seules les bactéries qu’on veut peuvent vivre. Les bactéries lactiques sont déjà sur les feuilles du chou. Le sel et l’absence d’oxygène leur conviennent, et pas à la concurrence. Elles transforment les sucres des légumes en acide lactique, l’acidité fait chuter le pH, et ce pH bas verrouille la porte pour tout le reste.
Il n’y a donc rien à ajouter. Pas de ferment à acheter, pas de sachet, pas de matériel. Un bocal qui ferme, du sel non traité, de l’eau, et des légumes intégralement immergés. Ce dernier point est le seul vraiment critique : ce qui dépasse de la saumure moisit, ce qui est dessous fermente.
La méthode que j’utilise
Pour le chou, je le râpe, je pèse, je sale à environ deux pour cent du poids des légumes, je malaxe jusqu’à ce que le chou rende assez d’eau pour se couvrir lui-même. Pour les légumes durs, carotte, radis, chou-fleur, je passe par une saumure séparée à la même proportion. Je tasse, je pose un poids, je ferme, je laisse à température de la pièce quelques jours puis au frais.
Je me fie surtout à l’odeur : acide et vive, ça travaille ; putride, c’est raté, et il n’y a pas de zone grise.
- une odeur acide et vive, jamais putride
- une saumure trouble, ce qui est normal et attendu
- des bulles les premiers jours, puis un calme progressif
Un bocal qui a mal tourné se signale sans ambiguïté. On n’a pas besoin d’un capteur connecté, on a un nez.
Ce que ça remplace, concrètement
Un chou entier fermenté tient des mois sans consommer un watt. C’est du stockage alimentaire qui ne dépend ni d’une chaîne du froid ni d’une usine ni d’une rupture de rayon. Pour un produit du même type acheté en magasin, on paie surtout le transport, l’emballage, la pasteurisation et la marge de trois intermédiaires, sachant que la pasteurisation tue au passage les bactéries pour lesquelles on faisait tout ça.
Le kimchi, c’est la même mécanique avec plus de piment et une culture entière construite autour, y compris des jarres enterrées pour tenir la température. Ce n’est pas une mode récente de bocaux photogéniques, c’est une technique de conservation qui a nourri des gens avant qu’un compresseur ne se charge du problème.
Le vrai coût
Un kilo de légumes, quinze minutes de travail, deux euros de matière première, et il faut attendre. L’attente est la seule chose que je n’ai pas trouvé le moyen d’accélérer, et c’est probablement pour ça que l’industrie a préféré l’acide acétique et l’autoclave.
Depuis, mon frigo est plus vide et mes assiettes plus intéressantes. Ce n’était pas le plan de départ.
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Ce que j'ai lu, regardé ou vérifié pour écrire cet article.
- Wikipédia. Fermentation lactique : mécanisme biochimique, bactéries lactiques et acidification du milieu fr.wikipedia.org (ouvre dans un nouvel onglet)
- Wikipédia. Kimchi : préparation coréenne de légumes lactofermentés, ingrédients et variantes fr.wikipedia.org (ouvre dans un nouvel onglet)
- Anses. Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation : recommandations sur les conserves et la sécurité alimentaire domestique anses.fr (ouvre dans un nouvel onglet)