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Gros plan de grains de café torréfiés remplissant tout le cadre

Photo : Mike Kenneally sur Unsplash

Café de spécialité : où part l'argent de votre tasse

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Je paye mon paquet de café de spécialité trois fois le prix du café de supermarché, et je le fais volontiers. Un jour, en discutant avec le torréfacteur chez qui je l’achète, j’ai demandé combien touchait le producteur. Il a répondu honnêtement qu’il connaissait son prix d’achat au kilo de vert, et qu’au-delà de son importateur, sa visibilité s’arrêtait.

Le prix mondial ne récompense pas le goût

Le café ordinaire s’échange sur un marché de matière première, où le cours de l’arabica sert de référence commune. Ce cours réagit à la météo brésilienne, au dollar, aux positions financières, et pas du tout à la qualité de ce qui a été récolté dans une parcelle précise. Un producteur qui trie mieux, qui cueille uniquement les cerises mûres, qui sèche lentement, ne gagne rien de plus s’il vend dans ce circuit.

Le café de spécialité s’est construit exactement contre cela. On note les lots, on documente l’altitude, la variété, le procédé, et on négocie un prix décroché du cours. Sur le papier, c’est un mécanisme de rémunération de l’effort qui fonctionne. En pratique, il faut regarder qui participe à cette négociation.

Le trajet du grain, poste par poste

Entre la cerise et la tasse, la valeur passe par une file d’intermédiaires, et chacun ajoute son coût et sa marge : coopérative ou station de lavage, exportateur, importateur, torréfacteur, détaillant ou café. Aucun de ces acteurs n’est illégitime, tous font un travail réel. Le point notable est ailleurs.

Le producteur vend un produit agricole brut, en volume, avec une trésorerie annuelle et un risque climatique entier. Le torréfacteur vend un produit transformé, en petits conditionnements, avec une marge par kilo bien supérieure et un stock qu’il fait tourner. Le café qui sert la tasse vend un service, avec la marge la plus forte de toute la chaîne. Plus on s’éloigne de la plante, plus la part de valeur augmente et plus le risque diminue.

Le producteur porte aussi la partie la plus longue du cycle. Un caféier met plusieurs années à produire, une maladie ou une gelée efface une saison entière, et le prix de vente est connu bien après que les dépenses ont été engagées. Le torréfacteur, lui, ajuste son tarif au sac suivant.

Les mécanismes correctifs existent : prix minimum, primes versées aux organisations de producteurs, achats directs. Ils améliorent les choses là où ils s’appliquent. Ils restent des correctifs sur une structure qui, sans eux, penche toujours du même côté.

Ce que la traçabilité dit et ne dit pas

Mon paquet affiche la ferme, l’altitude, la variété, la date de torréfaction. Cette précision est agréable et souvent sincère. Elle raconte l’origine du produit, jamais la répartition de son prix. On sait d’où vient le café, on ne sait pas où va l’argent.

Quelques torréfacteurs publient le prix payé au producteur à côté du prix de vente. C’est rare, et c’est la seule information qui permettrait de comparer autre chose que des récits. Quand une filière peut documenter une variété au gramme près et reste vague sur une ligne de compte, ce n’est pas un problème de collecte de données.

Je continue d’acheter ce café. Il est meilleur, et j’aime le travail du torréfacteur. Ma part de vertu s’arrête là : je paye plus cher un produit dont j’ignore la répartition, et j’appelle ça un choix éthique parce que c’est plus confortable que de l’appeler un choix de goût.

Ce que je regarde maintenant

Une chose seulement : est-ce que le vendeur peut me dire le prix payé au producteur. Mon torréfacteur ne connaît pas ce chiffre, il me l’a dit sans se dérober, et je continue à lui acheter mes grains quand même.

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Sources

Ce que j'ai lu, regardé ou vérifié pour écrire cet article.

  1. Organisation internationale du café : suivi des cours mondiaux et des revenus des pays producteurs ico.org (ouvre dans un nouvel onglet)
  2. Specialty Coffee Association : définition et protocoles d'évaluation du café de spécialité sca.coffee (ouvre dans un nouvel onglet)
  3. Fairtrade International : mécanismes de prix minimum et de prime versée aux organisations de producteurs fairtrade.net (ouvre dans un nouvel onglet)