Un budget, c’est une addition et un arbitrage. L’addition est publique : 5,1 % de déficit en 2025, une dette à 119 % du PIB, une charge d’intérêts qui grimpe de 12 milliards en 2027. L’arbitrage, c’est là que les blocs se séparent, et c’est là que les chiffres annoncés méritent d’être regardés un par un.
Établi
- Le déficit public était de 5,1 % du PIB en 2025, soit 152,5 milliards d'euros, après 5,8 % en 2024.
- La dette publique atteint 3 595,5 milliards d'euros à fin juin 2026, soit 119,0 % du PIB.
- La France est sous procédure européenne de déficit excessif depuis juillet 2024, avec une trajectoire de dépenses nettes à tenir.
- La charge d'intérêts est le premier facteur de hausse de la dépense en 2027 : 12 milliards de plus, devant les retraites et la défense.
Fait débat
- La répartition de l'effort : combien en recettes, combien en dépenses. Le Haut Conseil chiffre 28 milliards au total, le Gouvernement 43 milliards avec une autre méthode.
- Le rendement réel des taxes sur les grandes fortunes, que les partis chiffrent à 15 milliards sans qu'aucune administration n'ait publié d'estimation.
- L'effet d'un ajustement massif sur la croissance : plusieurs économistes contestent l'idée qu'on puisse couper fort et croître plus vite en même temps.
Incertain
- Ce que le budget 2027 deviendra au Parlement : l'avis du Haut Conseil porte sur un texte qui peut encore changer.
- Le taux auquel la France refinancera sa dette en 2028 et 2029, qui décidera de la facture réelle.
Ce qui manque, et ce qui le borne
Le déficit prévu pour 2027 est presque entièrement structurel : il ne vient pas d’une récession, il vient d’un niveau de dépense supérieur au niveau des recettes, année après année3. C’est ce qui rend l’effort de 2027 à la fois modeste et difficile : 0,9 point de PIB, environ 28 milliards, dont 17 en recettes et 11 en dépenses. Un pays qui emprunte plus cher qu’il ne croît doit faire cet effort pour éviter que la dette grossisse toute seule.
Le chiffre de 3 000 milliards circule encore dans les débats. Il est périmé : la barre a été franchie début 2023, et la dette a pris près de 500 milliards depuis. Ce n’est pas un détail de précision, parce que la charge d’intérêts se calcule sur le stock réel.
Ce que l’Europe impose
Les seuils du pacte de stabilité sont de 3 % de déficit et 60 % de dette. La France est loin des deux, et elle est sous procédure de déficit excessif depuis juillet 2024, avec une recommandation de trajectoire adoptée en janvier 20255. Concrètement, cela se traduit par un plafond de progression des dépenses nettes : le Gouvernement prévoit +0,7 % en 2027, sous le plafond recommandé de +1,2 %4.
Ce plafond est l’endroit où la marge de manœuvre disparaît. Une promesse de dépense nouvelle ou de baisse d’impôt doit tenir dans cette enveloppe, sauf à chercher l’argent ailleurs dans le budget. C’est pourquoi les programmes qui annoncent un effort sans dire où ils le prennent ne sont pas incomplets : ils sont incohérents avec la contrainte qu’ils prétendent respecter.
Les promesses, avec leurs chiffres
Les blocs ont publié des contre-budgets, ce qui permet de comparer des montants et pas seulement des intentions. Ces chiffres sont ceux des partis : aucun n’a été audité par une administration indépendante.
Recettes nouvelles
Rassemblement national
26,2 Md€ de hausses d'impôts en 2027, sur un effort total de 66,4 Md€.
La France insoumise
106,4 Md€ de recettes supplémentaires dès 2027 : taxe Zucman, héritages, niches fiscales.
Parti socialiste
39,5 Md€ de recettes nouvelles : taxe Zucman, CSG sur les héritages, taxation du numérique.
Renaissance et Horizons
Aucun chiffrage consolidé publié à ce jour.
Économies de dépense
Rassemblement national
Les 40,2 Md€ restants, dans un plan de 140 Md€ d'« économies nettes » étalé jusqu'en 2032.
La France insoumise
Aucune économie annoncée ; 81,7 Md€ de dépenses nouvelles s'y ajoutent.
Parti socialiste
12,1 Md€ d'économies.
Renaissance et Horizons
Annonces séparées : zéro déficit en 2037, 100 000 suppressions de postes par départs volontaires.
Déficit visé en 2027
Rassemblement national
3,7 % du PIB, puis 2,2 % en 2032.
La France insoumise
Pas de cible de déficit annoncée ; 25 Md€ par an pour réduire la dette.
Parti socialiste
Déficit réduit de 24 Md€, soit 0,8 point de PIB.
Renaissance et Horizons
Pas de cible annuelle annoncée.
Ce qui est documenté
Rassemblement national
Un contre-budget présenté le 6 octobre 2026, critiqué par l'OFCE sur ses hypothèses de croissance et de rendement.
La France insoumise
Une conférence de presse du 14 octobre 2026, chiffrée par le parti et reprise par la presse parlementaire.
Parti socialiste
Un contre-budget de septembre 2026, présenté avant celui du Gouvernement.
Renaissance et Horizons
Des déclarations de campagne, sans document budgétaire global.
Les trois colonnes de gauche reprennent les chiffres annoncés par les partis, tels qu’ils les ont présentés8912. Aucun de ces contre-budgets n’a été audité par une administration indépendante, et les instituts qui les ont commentés relèvent des hypothèses de croissance ou de rendement fragiles.
Le NPA, de son côté, ne chiffre pas son programme : ses textes de campagne avancent des revendications, pas des montants. Ce n’est pas une critique en soi, mais cela interdit de le comparer aux autres sur ce terrain.
Les fausses réserves
Deux gisements reviennent dans tous les débats. Le premier, la fraude fiscale et sociale : 17,1 milliards de droits et pénalités notifiés en 2025, dont 11,4 effectivement encaissés, et 3,1 milliards de fraudes sociales détectées7. Le second, l’aide médicale d’État : 1,216 milliard de crédits pour 2026, un montant que le Sénat juge sous-évalué mais qui reste, en ordre de grandeur, un centième du déficit6.
- Déficit 2025 152,5 Md€
- Fraude détectée 2025 20 Md€
- Aide médicale d'État 2026 1,2 Md€
| Déficit 2025 | 152.5 Md€ |
|---|---|
| Fraude détectée 2025 | 20 Md€ |
| Aide médicale d'État 2026 | 1.2 Md€ |
La différence entre détecté et encaissé n’est pas une subtilité comptable. Un droit notifié peut être contesté, étalé, ou ne jamais être recouvré. Et une partie de la fraude qui disparaîtrait serait remplacée par des revenus qui auraient été déclarés : le gain net est toujours inférieur au montant brut.