Accueil Blog Glitchs Explosion

Cet article n'est disponible qu'en français.

Un disque dur externe branché à un petit serveur, à côté d'un téléphone affichant une galerie de photos

Quitter Google Photos pour Immich : la migration réelle

0:00 / 0:00

Le message est arrivé un mardi : mon stockage était plein, il fallait passer à l’offre supérieure. Quinze ans de photos, dont beaucoup de captures d’écran et de doublons, retenues derrière un bouton d’abonnement. J’ai payé un mois pour me laisser le temps de réfléchir, puis j’ai lancé un export. C’est en ouvrant l’archive que j’ai compris ce que « vos photos vous appartiennent » signifie en pratique.

L’export, ce moment de vérité

L’outil d’export officiel produit des archives découpées en morceaux, à télécharger un par un, avec un lien qui expire. Les fichiers image sont bien là. Les métadonnées, elles, sont ailleurs : dans des fichiers JSON séparés, un par photo, contenant la date de prise de vue, les coordonnées, la description et les personnes identifiées.

Autrement dit, l’export sépare vos photos de ce qui les rend consultables. Techniquement, rien n’est retenu. Concrètement, une bibliothèque exportée sans traitement se retrouve avec des dates de fichier correspondant au jour du téléchargement, ce qui range quinze ans de souvenirs dans une seule journée. Il existe des outils communautaires pour réinjecter ces métadonnées dans les fichiers, et il faut les faire tourner avant tout import. C’est l’étape que personne ne mentionne et c’est celle qui prend le week-end.

Ce que fait Immich, et ce qu’il ne fait pas

Immich reproduit l’essentiel de ce qu’on attend d’une galerie moderne : sauvegarde automatique depuis le téléphone, timeline, albums, partage par lien, recherche, détection de visages et reconnaissance d’objets exécutées localement sur le serveur. L’application mobile ressemble suffisamment à celle qu’on quitte pour que la transition ne provoque pas de révolte domestique.

Ce qu’il ne fait pas, c’est se maintenir seul. Le projet évolue vite, les versions s’enchaînent, et certaines migrations demandent de lire les notes de version avant de mettre à jour. Le cliché du service qui ne bouge jamais s’applique mal ici : c’est un logiciel jeune et vivant, avec ce que ça implique.

L’indexation initiale demande du temps et de la machine. Analyser des dizaines de milliers de photos pour en extraire visages et contenus fait tourner un serveur pendant des heures. Une fois passé ce cap, la consommation redevient discrète.

Le calcul, honnêtement

Il faut du matériel : une machine qui reste allumée, un disque pour la bibliothèque, un second disque pour la sauvegarde, parce qu’un serveur unique n’est pas une sauvegarde. Ajoutez l’électricité et une copie hors du domicile pour le cas où la maison brûle.

Sur les premières années, l’abonnement au service commercial est moins cher. L’écart s’inverse ensuite, et il s’inverse d’autant plus vite que la bibliothèque grossit, puisque l’abonnement suit la taille alors que le disque est payé une fois. Ce n’est pas un gain immédiat, c’est un arbitrage de long terme.

La partie non financière pèse davantage à mes yeux. Mes photos ne sont plus le carburant d’un service dont le modèle repose sur la connaissance de ses utilisateurs. La reconnaissance de visages tourne sur mon serveur, et le résultat n’est lisible que par moi. Je remarque que je photographie différemment depuis, et je n’avais pas anticipé cette conséquence.

Ce qui reste fragile

Ma bibliothèque dépend maintenant de mes propres sauvegardes. Si je néglige la copie hors site, personne ne rattrapera l’erreur à ma place. Ce risque est réel et il m’appartient, ce qui est exactement l’échange que j’ai accepté.

Le mois d’abonnement que j’avais payé pour réfléchir a expiré pendant que je réinjectais des dates dans des fichiers. Il n’a pas été renouvelé.

Articles liés

Un petit serveur domestique posé sur une étagère, diode d'activité allumée près d'un câble réseau

Héberger son propre Git avec Forgejo, sans dépendre de personne

J'ai monté une forge Forgejo sur un petit serveur pour arrêter de tout déposer au même endroit. Installation, limites réelles et ce que ça coûte.

Lire l'article →
Illustration d'une bulle de savon brillante prête à éclater sur fond dégradé sombre

L'IA générative cache-t-elle une bulle qui va exploser ?

Un regard critique sur les véritables coûts énergétiques, écologiques et financiers de l'intelligence artificielle générative.

Lire l'article →

Sources

Ce que j'ai lu, regardé ou vérifié pour écrire cet article.

  1. Immich, site officiel du projet : gestionnaire de photos et vidéos auto-hébergé, documentation d'installation immich.app (ouvre dans un nouvel onglet)
  2. Dépôt du projet Immich : code source, licence et rythme de publication des versions github.com (ouvre dans un nouvel onglet)
  3. Google Takeout, outil officiel d'export des données d'un compte Google, dont la bibliothèque Photos takeout.google.com (ouvre dans un nouvel onglet)