Accueil Blog Mes Projets Lumen
Un petit serveur domestique posé sur une étagère, diode d'activité allumée près d'un câble réseau

Héberger son propre Git avec Forgejo, sans dépendre de personne

Un matin, une plateforme d’hébergement de code que j’utilisais a désactivé un compte pour un motif automatisé, sans préavis et sans interlocuteur. Ce n’était pas le mien, mais j’ai regardé mes propres dépôts avec un œil différent ce jour-là. Tout mon travail des dix dernières années vivait chez une entreprise, sous des conditions qu’elle peut réécrire, et je n’avais jamais testé ce qui se passerait si l’accès disparaissait un mardi.

Une forge, ce n’est presque rien

Git est décentralisé par construction. Chaque clone est un dépôt complet, avec l’historique entier. Ce qu’on va chercher chez un hébergeur, ce n’est pas le versionnage, c’est la couche autour : une interface web, des tickets, des demandes de fusion, des droits d’accès, de l’intégration continue.

Forgejo fournit exactement cette couche, dans un binaire unique écrit en Go. Le projet est né d’un embranchement de Gitea, lorsque le développement de ce dernier est passé sous le contrôle d’une société commerciale et qu’une partie de la communauté a préféré garder la main sur la gouvernance. Cette origine explique le soin porté aux questions de licence et d’indépendance, et c’est une histoire qui se répète assez souvent dans le logiciel libre pour qu’on la reconnaisse de loin.

L’installation tient en une soirée. Un conteneur, une base de données, un reverse proxy pour le certificat, un volume pour les dépôts. La configuration par défaut est raisonnable, et l’interface est suffisamment proche des plateformes connues pour qu’aucune habitude ne soit à réapprendre.

Ce qu’on perd, et il faut le dire

L’auto-hébergement a un prix, et ce prix n’est pas monétaire. C’est vous l’astreinte. Les mises à jour, les sauvegardes, le renouvellement des certificats, la surveillance de l’espace disque : tout ça devient votre problème, y compris le dimanche.

On perd aussi l’effet réseau. Un dépôt public sur une grande plateforme est découvrable, il reçoit des contributions de passage, il bénéficie de la présence d’un compte que tout le monde possède déjà. Sur ma forge, un inconnu qui veut proposer un correctif doit créer un compte sur un serveur dont il n’a jamais entendu parler. Pour un projet destiné à circuler, ça reste un frein sérieux, même si la fédération entre forges progresse.

Et il faut être honnête sur l’intégration continue. Faire tourner des exécuteurs de tâches chez soi demande du matériel, ou une facture chez quelqu’un d’autre. La gratuité apparente des minutes de calcul offertes par les grandes plateformes n’est pas de la charité : c’est le mécanisme qui rend le déménagement coûteux une fois qu’on s’y est installé.

Ce que ça change au quotidien

Mon usage est devenu hybride, et je l’assume. Les projets destinés au public restent visibles là où le public se trouve. Tout le reste, expérimentations, notes, code client, configurations d’infrastructure, vit sur ma forge, avec un miroir automatique vers un disque externe.

La différence tient dans une phrase : je sais où sont mes dépôts. Physiquement, sur un disque que je peux débrancher. Le jour où une décision de produit, un changement de conditions ou un algorithme de modération viendra bouleverser une plateforme, ça se passera sans moi.

Le serveur qui héberge tout ça consomme moins qu’une ampoule et tient sur une étagère à côté de mes livres. Il fait le travail d’un service évalué en milliards, ce qui donne une idée assez juste de ce qu’on paie vraiment quand on paie une plateforme.

Articles liés

Illustration d'une bulle de savon brillante prête à éclater sur fond dégradé sombre

L'IA générative cache-t-elle une bulle qui va exploser ?

Un regard critique sur les véritables coûts énergétiques, écologiques et financiers de l'intelligence artificielle générative.

Lire l'article →
Un boîtier d'ordinateur ouvert, ventilateurs visibles, éclairé par la lumière d'un écran de terminal

Faire tourner un modèle de langage sur sa propre machine

J'ai installé Ollama sur ma tour pour voir ce que change un modèle qui reste chez moi : matériel, qualité des réponses, et la question du prix.

Lire l'article →

Sources

Ce que j'ai lu, regardé ou vérifié pour écrire cet article.

  1. Forgejo, site officiel du projet : logiciel de forge libre, gouvernance et documentation d'installation forgejo.org (ouvre dans un nouvel onglet)
  2. Gitea, projet dont Forgejo est issu par embranchement en 2022 après le passage à une structure commerciale about.gitea.com (ouvre dans un nouvel onglet)
  3. Wikipedia (EN), "GitHub" : historique de la plateforme et rachat par Microsoft en 2018 en.wikipedia.org (ouvre dans un nouvel onglet)