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Photo : Kelly Sikkema sur Unsplash
Dégoogliser un Android : ce que j'ai gagné et ce qui casse
J’avais un vieux Pixel dans un tiroir, plus de mises à jour du constructeur, et une envie de savoir ce qui se passait vraiment sous le capot d’un téléphone. Trois soirées plus tard il tournait sans un seul service Google. Je l’utilise depuis comme téléphone principal, et je peux dire précisément ce que ça coûte, parce que ce n’est pas gratuit.
Ce qu’on retire, ce n’est pas Google, c’est le socle
La confusion habituelle : on croit désinstaller des applications. En réalité, ce qu’on enlève, ce sont les Google Play Services, une couche système sur laquelle une immense partie de l’écosystème s’appuie sans le dire. Les notifications push passent par elle. La géolocalisation rapide aussi. La vérification d’intégrité de l’appareil, que réclament les applications bancaires, également.
Android est libre, l’AOSP existe, mais le morceau qui rend un Android utilisable au sens commercial ne l’est pas. C’est un montage assez élégant : le code est ouvert, la dépendance ne l’est pas. Les distributions alternatives partent de là.
LineageOS reconstruit un Android complet sans ces services, sur un grand nombre d’appareils, y compris de vieux modèles abandonnés par leur constructeur. GrapheneOS vise autre chose : le durcissement de sécurité sur les Pixel, avec la possibilité d’installer les services Google en tant qu’applications ordinaires, enfermées dans le bac à sable comme n’importe quoi d’autre. C’est le compromis le plus intéressant que j’aie vu : Google fonctionne, mais sans privilège.
Le quotidien, sans romantisme
F-Droid remplace le magasin d’applications, avec un catalogue compilé depuis les sources. On y trouve un client de messagerie, un lecteur de podcasts, un clavier, un navigateur, une application de cartographie hors ligne qui m’a rendu plus de services que celle que j’utilisais avant. Pour le reste, Aurora Store va chercher les applications du Play Store sans compte.
Ce qui fonctionne sans effort : les appels, les SMS, la photo, la navigation, la sauvegarde, la synchronisation de calendrier et de contacts si on a un serveur quelque part. Ce qui casse : certaines applications bancaires refusent de démarrer, l’application de la SNCF a boudé plusieurs mois, quelques jeux détectent l’absence d’attestation matérielle et se ferment. Les notifications arrivent parfois avec du retard, parce que sans canal push unifié chaque application doit maintenir sa propre connexion.
Je ne vais pas prétendre que c’est transparent. J’ai gardé un second téléphone bon marché, avec les services d’origine, pour trois applications administratives qui n’ont jamais voulu céder. Un puriste rirait. Moi je préfère décrire l’installation telle qu’elle est, sinon je vends du rêve.
Ce que ça change réellement
La batterie tient plus longtemps, et le téléphone est nettement plus silencieux en réseau : plus de trafic sortant permanent vers des serveurs que je n’ai pas choisis. Mais le vrai bénéfice est ailleurs. Un appareil dont le constructeur a coupé les mises à jour après trois ans redevient utilisable pendant cinq de plus. La péremption logicielle d’un objet dont le matériel va parfaitement bien n’a rien d’une fatalité technique, c’est une décision commerciale, et il existe des gens qui la défont bénévolement le week-end.
C’est ce qui m’a le plus marqué en lisant les dépôts : des milliers d’heures de travail non payé qui maintiennent en vie des téléphones que leurs fabricants voudraient voir remplacés. Le support à long terme, celui qu’aucun service après-vente ne propose, est fourni gratuitement par des inconnus.
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Ce que j'ai lu, regardé ou vérifié pour écrire cet article.
- LineageOS. Documentation officielle : appareils supportés, installation et périmètre du projet lineageos.org (ouvre dans un nouvel onglet)
- GrapheneOS. Documentation officielle : modèle de sécurité, sandbox des services Google et compatibilité grapheneos.org (ouvre dans un nouvel onglet)
- F-Droid. Dépôt d'applications libres pour Android, politique de compilation depuis les sources f-droid.org (ouvre dans un nouvel onglet)