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Deux écrans côte à côte affichant la même interface en thème clair et en thème sombre

Le mode sombre économise-t-il vraiment de la batterie ?

Sur ce site, le thème sombre est arrivé avant le thème clair. Pas par conviction écologique : parce que je code la nuit et que les grandes surfaces blanches me brûlent les yeux. Quand j’ai publié la bascule, on m’a répondu que c’était bien pour la batterie. J’ai voulu savoir si c’était vrai ou si je venais de récupérer un argument gratuit.

Ça dépend entièrement de la dalle

Sur un écran OLED, chaque pixel produit sa propre lumière. Un pixel noir est un pixel éteint, qui ne consomme presque rien. Afficher une page à fond noir avec du texte clair allume donc une fraction des sous-pixels, et l’économie est réelle, mesurable, surtout à forte luminosité.

Sur un écran LCD, l’histoire s’arrête tout de suite. Le rétroéclairage éclaire toute la dalle en permanence, et les cristaux liquides ne font que filtrer cette lumière. Un pixel noir est un pixel qui bloque de la lumière déjà produite. Le mode sombre ne change alors quasiment rien à la consommation, et peut même la faire monter d’un cheveu selon la façon dont l’écran gère ses niveaux.

Deuxième nuance : la luminosité écrase tout le reste. Un thème clair à faible luminosité consomme moins qu’un thème sombre à fond, y compris sur OLED. Le curseur en haut de l’écran a plus d’effet que la palette choisie par le designer, ce qui est vexant quand on a passé une soirée sur ladite palette.

Ce que le sombre coûte vraiment, c’est de la lisibilité

Le vrai sujet du mode sombre n’est pas énergétique, il est optique. Du texte clair sur fond noir provoque un halo autour des lettres, surtout pour les personnes myopes ou astigmates, et rend les graisses fines pénibles à lire sur de longues pages. Le contraste maximal n’est pas le confort maximal : du blanc pur sur du noir pur fatigue plus vite qu’un gris très clair sur un gris très sombre.

En pratique, mes pages sombres n’utilisent ni noir absolu ni blanc absolu, ce qui rogne au passage l’économie OLED théorique. Les images doivent être désaturées un peu, les ombres remplacées par des bordures, les graisses de texte remontées d’un cran. C’est le double du travail d’un thème unique, pour un résultat que la moitié des visiteurs ne verra jamais.

Alors pourquoi je le garde

Parce que le confort de lecture d’un utilisateur nocturne est un motif suffisant, et qu’il n’a pas besoin d’être maquillé en geste pour la planète. Personne n’a jamais sauvé un kilowattheure en repeignant un blog en noir, et l’énergie du web se joue ailleurs : dans les serveurs, dans les vidéos, dans les scripts publicitaires qui pèsent plus lourd que tout le contenu de la page.

La façon dont l’argument circule mérite un détour. Un fabricant sort une dalle OLED, le mode sombre devient une fonctionnalité mise en avant, et cinq ans plus tard on m’explique en commentaire que mon thème sauve la batterie d’un téléphone dont je ne connais même pas l’écran. La technologie a changé, la certitude est restée.

Quand je veux tenir la journée sur mon téléphone, je baisse la luminosité et je ferme l’application qui rafraîchit sa publicité toutes les trente secondes. Le thème, gardez celui que vos yeux réclament.

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Sources

Ce que j'ai lu, regardé ou vérifié pour écrire cet article.

  1. Wikipédia : la diode électroluminescente organique, dont chaque pixel émet sa propre lumière et s'éteint au noir fr.wikipedia.org (ouvre dans un nouvel onglet)
  2. Wikipedia (EN) : les schémas clair sur sombre, leur histoire et leurs effets connus sur la lisibilité en.wikipedia.org (ouvre dans un nouvel onglet)
  3. W3C Web Accessibility Initiative : recommandations de contraste et de lisibilité applicables aux deux thèmes w3.org (ouvre dans un nouvel onglet)