ArtCraft : la suite libre en Rust qui imite Adobe
ArtCraft est une famille de logiciels libres écrits en Rust, dont chacun reprend une application d’Adobe : Photoshop, Premiere Pro, Lightroom, Illustrator, Acrobat, After Effects et InDesign. Les premières versions datent de la première semaine d’octobre 2026, et les dépôts GitHub cumulent déjà plusieurs dizaines de milliers d’étoiles. Ce n’est pas un logiciel unique qui serait en chantier, mais sept projets qui partagent la même méthode et la même philosophie.
Cet article fait le point sur l’ensemble : ce que chaque application couvre, où elle en est, ce qu’elles ont en commun, et ce qui reste flou. Chaque logiciel aura son propre article cette semaine.
Sept applications, sept niveaux de maturité
Le tableau ci-dessous résume la situation au 9 octobre 2026. Les statuts sont ceux annoncés par les projets eux-mêmes. Aucun n’a fait l’objet d’un test indépendant publié.
| Adobe | Équivalent ArtCraft | Étoiles (9 oct.) | Statut annoncé |
|---|---|---|---|
| Photoshop | PhotoCraft | 34,5 k | « early alpha », pas encore un remplacement au quotidien |
| Premiere Pro | FilmCraft | environ 6,6 k | environ 50 à 60 % prêt pour un travail réel |
| Lightroom (hors Classic) | LightCraft | 7,5 k | 60 à 70 % pour un usage quotidien |
| Illustrator | VectorCraft | 5,0 k | 69 à 75 % des fonctions, 40 à 55 % du ressenti expert |
| Acrobat | PdfCraft | 6,2 k | environ la moitié des fonctions hors ligne d’Acrobat Pro |
| After Effects | EffectCraft | 3,8 k | utilisable, mais pas pour du travail client |
| InDesign | DesignCraft | 2,1 k | pas d’export PDF pour l’instant |
Un point de vocabulaire : la presse a parlé de PrintCraft pour Acrobat, mais le dépôt s’appelle pdfcraft. C’est le nom retenu ici.
Une seule architecture pour sept applications
Ce qui relie ces projets est plus intéressant que leur nombre. Chaque application suit le même plan : un moteur qui manipule les données sans rien savoir de l’interface, un registre de commandes unique, et une couche graphique egui par-dessus, qu’on peut remplacer sans toucher au moteur.
Ce registre change tout. Un menu, un raccourci, un glissement de curseur ou une action d’agent passent par la même commande, avec un identifiant stable et des paramètres typés. Les projets le disent explicitement : l’interface, la ligne de commande, le canal de contrôle JSON et le serveur MCP appellent les mêmes fonctions. Un agent qui sait lire le registre peut donc faire ce qu’un utilisateur fait à la souris, sans passer par une capture d’écran.
Les couches sont aussi vérifiées à la compilation. Plusieurs dépôts ont un cargo xtask qui refuse qu’une couche basse dépende d’une couche haute. C’est une contrainte de conception, pas une promesse de documentation.
Ce que ça change pour un agent
Chaque application expose un serveur MCP. La configuration suit le même schéma : on compile le binaire de la CLI, puis on l’enregistre dans le client. Les noms d’outils varient d’un logiciel à l’autre, et les pages de chaque dépôt les listent dans docs/mcp.md.
Trois précautions valent pour toute la suite :
- Les rendus sont ta preuve. Chaque application permet de rendre une image ou une page pour vérifier le résultat. Un agent qui modifie sans vérifier produit du travail faux sans le savoir.
- L’annulation doit être utilisée. Les projets ont tous une annulation par commande. Quand un résultat est mauvais, l’agent doit revenir en arrière, pas empiler une correction.
- Certains outils ne fonctionnent qu’en mode connecté. Les captures d’écran, les clics et les glissements exigent que l’application de bureau tourne avec son canal de contrôle. En mode headless, seule la manipulation de données est disponible.
Ce qui reste flou
Trois points méritent qu’on les garde en tête.
Les chiffres de performance sont presque tous publiés par les projets, sans protocole de mesure détaillé. Plusieurs projets publient des mesures, mais elles ne portent pas sur les mêmes opérations : décodage vidéo, rendu de formes, ouverture de RAW. EffectCraft et DesignCraft n’en publient aucune. Aucun des sept ne publie de comparaison côte à côte avec l’original.
La méthode pose une question que les projets ne règlent pas seuls. Ils sont développés avec l’aide d’un modèle d’IA, et ils le disent. Le terme « clean-room » suppose de ne pas avoir copié le code concurrent. Les projets affirment ne contenir ni code Adobe, ni code GPL ou LGPL, mais la question de la méthode est débattue en dehors du dépôt, notamment sur les réseaux sociaux. Cet article ne tranche pas.
Enfin, les étoiles montent vite. PhotoCraft est passé de quelques milliers à plus de 34 000 en quelques jours. Un chiffre relevé aujourd’hui sera faux dans une semaine.
Licences et marques
Les sept applications sont sous double licence MIT ou Apache-2.0, au choix. Ce n’est pas le cas des marques : ArtCraft et ses noms de logiciels sont réservés. Les versions modifiées doivent les retirer. Les projets précisent en général qu’ils ne sont ni affiliés ni approuvés par Adobe.
Pour un usage personnel ou un fork, la licence du code suffit. Pour distribuer une version modifiée sous le nom ArtCraft, il faut lire le fichier de marques.
Le dépôt artcraft
Le dépôt principal, storytold/artcraft, se présente comme « The IDE for artists ». Il combine composition 2D, mise en scène 3D et choix de modèles d’IA générative, avec un catalogue annoncé de 62 modèles. Ce n’est pas l’une des réimplémentations Adobe. C’est la vitrine de la famille, et son périmètre est différent : il touche à la création générative, là où les sept logiciels reprennent des outils de production.
Pour qui, pour quoi
La suite est aujourd’hui utile dans trois cas. Pour apprendre le fonctionnement d’un logiciel de production sans payer d’abonnement. Pour automatiser des tâches répétitives par un agent, parce que l’architecture s’y prête bien. Pour suivre un projet ouvert dès ses premières semaines, en lisant son code et ses tickets.
Elle n’est pas prête pour un travail client sans précaution. Les trous sont connus, et ils sont dans les détails : plugins absents, formats propriétaires non ouverts, exports lents sur les gros fichiers.
Le meilleur point de départ est simple. Choisissez le logiciel que vous utilisez le plus, ouvrez un projet que vous connaissez, et exportez-le. Regardez ce qui casse. C’est plus parlant que n’importe quel tableau de statuts.
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Ce que j'ai lu, regardé ou vérifié pour écrire cet article.
- Dépôt GitHub storytold/artcraft : vision de l'IDE pour artistes, licence, étoiles et catalogue annoncé github.com (ouvre dans un nouvel onglet)
- Page de l'organisation storytold, relevée le 9 octobre 2026 : liste des dépôts, étoiles et dates de mise à jour github.com (ouvre dans un nouvel onglet)
- AI News Weekly, 7 octobre 2026 : présentation de PhotoCraft, serveur MCP et réserves du projet aiweekly.co (ouvre dans un nouvel onglet)
- Dépôt GitHub storytold/filmcraft : licence, architecture en couches et version 0.4.0 github.com (ouvre dans un nouvel onglet)