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Spécimen typographique imprimé montrant plusieurs graisses d'un même caractère sur papier mat

Typographies libres : ce que coûte vraiment une fonte

En reprenant l’identité d’un vieux projet, je suis tombé sur une facture de licence typographique oubliée dans un dossier. Une somme pour le web, une autre pour l’impression, une troisième indexée sur le nombre de pages vues par mois. J’avais payé pour le droit d’afficher des lettres, avec un compteur. Ce détail m’a fait relire toutes mes licences.

La licence, pas le fichier

Une fonte propriétaire ne s’achète pas, elle se loue selon des usages découpés finement. Bureautique, web, application mobile, produit dérivé, chaque canal a son tarif. Les licences web sont souvent liées à un volume de trafic, ce qui produit cette situation particulière où le succès d’un site déclenche une renégociation avec un fournisseur de caractères.

La licence libre la plus répandue dans ce domaine fonctionne à l’inverse. Elle autorise l’usage, la modification et la redistribution, y compris commerciale, avec une contrainte principale : une version modifiée ne peut pas être revendue seule sous le même nom réservé. On peut donc intégrer la fonte dans un produit payant, la sous-ensembler, la corriger, la faire vivre. Le fichier est à vous, pas le nom.

Cette différence a une conséquence pratique que je sous-estimais. Avec une fonte libre, je peux générer un sous-ensemble ne contenant que les caractères réellement utilisés et l’héberger moi-même. Avec certaines licences propriétaires, l’auto-hébergement est interdit, et il faut passer par le serveur du fournisseur. Une dépendance externe de plus dans le chemin critique du rendu, ajoutée pour des raisons contractuelles et non techniques.

La qualité, sans naïveté

L’écart s’est réduit, il n’a pas disparu. Une famille libre bien tenue offre aujourd’hui des graisses variables, du crénage propre, des chiffres tabulaires, des jeux de caractères qui couvrent largement les langues latines. Sur un texte courant, la différence avec une fonte de fonderie n’est plus perceptible pour le lecteur.

Là où l’écart persiste, c’est dans les recoins. Les ligatures discrétionnaires, les petites capitales dessinées et non simulées, les variantes contextuelles, le rendu aux très grandes tailles où chaque courbe se voit. Une fonderie qui vend cher vend du temps de dessinateur passé sur des détails que la plupart des projets n’exploiteront jamais. C’est un vrai travail, et il mérite d’être payé quand on en a besoin.

Le piège consiste à payer ce niveau de finition pour un site qui affiche du texte à seize pixels sur un écran de téléphone. J’ai fait cette erreur.

Qui finance les caractères que tout le monde utilise

C’est la partie du dossier qu’on regarde le moins. Une grande partie des familles libres les plus employées ont été commandées et financées par de très grandes entreprises technologiques, puis publiées sous licence ouverte et distribuées via leurs propres catalogues.

Le résultat est excellent pour les designers, et il faut quand même noter ce qu’il produit : une infrastructure typographique mondiale offerte, dont le catalogue de référence est tenu par une poignée d’acteurs. La gratuité déplace la dépendance sans la supprimer. Télécharger les fichiers et les héberger soi-même prend dix minutes et évite de découvrir un jour que le catalogue a changé d’avis.

Ce que j’utilise

Sur ce site, deux familles libres, sous-ensemblées, servies depuis mon propre domaine. Aucune requête vers un tiers pour afficher une lettre, aucun compteur de pages vues, aucun renouvellement annuel.

La facture retrouvée dans le vieux dossier concernait un projet qui n’existe plus depuis quatre ans. La licence, elle, était encore active.

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Sources

Ce que j'ai lu, regardé ou vérifié pour écrire cet article.

  1. Wikipedia (EN), "SIL Open Font License" : conditions de la licence libre la plus utilisée pour les fontes en.wikipedia.org (ouvre dans un nouvel onglet)
  2. Google Fonts, catalogue de fontes distribuées sous licences libres avec fichiers sources téléchargeables fonts.google.com (ouvre dans un nouvel onglet)
  3. Wikipedia (FR), "Police d'écriture" : notions de fonte, de famille, de graisse et de jeu de caractères fr.wikipedia.org (ouvre dans un nouvel onglet)