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Licences open source rachetées : ce que révèlent les forks
Un lundi matin, j’ouvre mon lecteur de flux et un projet que j’utilise en production depuis des années a changé de licence pendant le week-end. Le code déjà publié reste libre, évidemment, personne ne peut le reprendre. Mais tout ce qui sortira après appartient à une catégorie nouvelle, avec des mots comme « usage compétitif » et « à l’exception de ». La documentation, elle, continue de dire open source sur la page d’accueil.
La mécanique est toujours la même
Le scénario se déroule en trois temps, et il est reproductible.
D’abord la gratuité totale. Licence permissive, contributions bienvenues, conférences, tutoriels, plugins tiers. C’est l’étape où la communauté fait le travail de distribution que le marketing ne saurait pas faire : elle installe l’outil dans des milliers d’entreprises, écrit les intégrations, forme les nouveaux arrivants, et fabrique surtout le coût de sortie. Au bout de quelques années, migrer ailleurs devient un projet à part entière.
Ensuite le constat de « déséquilibre ». On explique que des acteurs cloud très gros revendent le logiciel en service managé sans rien reverser. C’est vrai, et c’est même agaçant. Le point intéressant est que la réponse ne cible jamais uniquement les acteurs cités.
Enfin la licence source-available. Le code reste lisible, souvent modifiable, parfois exécutable librement. Mais une clause interdit d’en faire un service concurrent, et cette clause est assez élastique pour couvrir beaucoup de monde. La Open Source Initiative est claire sur ce point : une licence qui restreint les champs d’usage sort de la définition. Le terme, lui, continue de circuler dans les communiqués.
Qui a payé, qui décide
C’est là que ça devient matériel. Une entreprise lève des fonds, embauche les mainteneurs, et devient légitimement propriétaire du dépôt et de la marque. Les contributeurs extérieurs, eux, ont signé un accord de cession de droits au moment de leur première pull request, parce que c’était la case à cocher pour que le CI passe.
Le temps qu’ils ont donné n’était pas gratuit, il était juste non facturé. Il a servi à construire un actif, et l’actif a été revalorisé au moment où ses propriétaires en avaient besoin. C’est parfaitement légal. Ce qui me gêne n’est pas la décision commerciale, c’est le vocabulaire employé pendant la phase d’accumulation, quand on parlait de communauté et de nous.
On m’objecte souvent que les mainteneurs doivent bien manger, et c’est juste. Sauf que le changement de licence ne finance pas les mainteneurs bénévoles, il finance la société qui les a salariés. Les deux problèmes portent le même nom dans les annonces de blog, et ils n’ont pas la même caisse.
Je ne suis pas innocent dans l’histoire. J’ai ouvert des issues, corrigé de la doc, recommandé ces outils à des clients. J’ai contribué à installer la dépendance que j’ai ensuite subie.
Les forks racontent la fin
À chaque fois, un fork apparaît en quelques semaines. Et à chaque fois, il ne naît pas d’un individu isolé mais d’une coalition d’entreprises qui ne veulent pas dépendre du bon vouloir d’un éditeur. Elles déposent le projet chez une fondation, avec une gouvernance écrite et un modèle de contribution qui ne cède plus les droits à un propriétaire unique.
C’est révélateur du vrai enjeu. Le problème n’était jamais la gratuité, c’était le pouvoir de changer les règles unilatéralement. La fondation ne rend pas le code plus libre techniquement, elle rend la trahison structurellement plus difficile.
Depuis, je regarde une chose avant d’adopter une brique : qui détient la marque et à qui les contributions sont cédées. Le fichier LICENSE décrit le présent. Le contributor agreement, lui, décrit ce qui peut arriver.
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